Le goût : la compétence que ton école ne t’a pas appris

Quand la production devient abondante, la compétence la plus précieuse devient la capacité à distinguer ce qui est réellement bon.

Cette phrase ne parle pas de l’IA. Elle parle de notre métier depuis toujours.

Et pourtant, elle n’a jamais été aussi vraie qu’aujourd’hui. Tu peux générer un moodboard en 30 secondes, un rendu en 2 minutes, une planche matières en un clic. Le volume n’est plus un avantage. Il est devenu du bruit. Ce qui fait la différence désormais, c’est ton jugement. Ton œil. Ton goût.

Le goût, ce n’est pas inné c’est une compétence

C’est le premier malentendu qu’on rencontre dans ce métier. Le goût, on aurait ou on n’aurait pas. Ce serait une question de sensibilité naturelle, de culture familiale, d’exposition précoce à l’art et au beau.

C’est faux.

Le goût est une compétence. Précise. Travaillable. Qui se construit projet après projet, erreur après erreur, regard après regard. Comme la précision en dessin ou la lecture d’un plan, c’est quelque chose qui s’affûte avec la pratique et les bons repères.

La différence avec les autres compétences ? On ne t’a jamais appris à le développer consciemment. Les écoles forment aux logiciels, aux normes, aux styles. Rarement à vraiment regarder. À comprendre pourquoi quelque chose fonctionne — pas seulement que ça fonctionne.

Choisir, c’est concevoir

L’architecte d’intérieur n’a jamais été là pour produire. Il est là pour choisir. Trier. Trancher.

Parmi l’infini des matériaux, des références, des tendances — trouver ce qui est juste pour ce client précis, cet espace précis, ce moment précis de sa vie. C’est ça la vraie créativité. Pas la quantité de ce qu’on génère. La qualité de ce qu’on garde. <!– lien interne suggéré : article sur l’écoute client en architecture d’intérieur –>

En pratique, ça ressemble à ça :

  • Savoir dire non à une référence Pinterest qui plaît au client mais ne correspond pas à son espace
  • Comprendre pourquoi ce revêtement de sol change tout à la perception de la hauteur sous plafond
  • Sentir qu’une palette est techniquement cohérente mais émotionnellement fausse pour ce projet
  • Arbitrer entre ce qui est beau sur une planche et ce qui tiendra dans le temps au quotidien

C’est ça le jugement. Et c’est ce que les outils — même les plus performants — ne peuvent pas faire à ta place.

L’IA change le métier, pas ce qui fait un bon architecte

Aujourd’hui, n’importe qui peut générer un intérieur correct en quelques clics. Veras, Midjourney, Nano Banana — peu importe l’outil. Le résultat est suffisant pour illustrer un concept, créer une ambiance, convaincre un client.

C’est une réalité. Et c’est une bonne nouvelle pour nous.

Parce que ça libère du temps pour ce qui compte vraiment : la conception, l’écoute, le choix. L’IA s’occupe de la peau. Toi tu t’occupes du squelette et du cerveau.

Mais cette évolution a un revers. Dans un marché saturé d’images générées, les projets se ressemblent. Les moodboards se ressemblent. Les rendus se ressemblent. Ce qui émerge, ce qui retient l’attention, ce qui convainc un client de te choisir toi plutôt qu’un autre — c’est un point de vue singulier. Une cohérence de regard qu’on ne génère pas avec un prompt.

C’est ton goût. Et c’est ton avantage compétitif le plus durable.

Comment développer son goût concrètement

Développer son goût, ce n’est pas regarder plus d’images sur Pinterest. C’est apprendre à regarder autrement.

Quelques pratiques concrètes que je transmets dans mon accompagnement :

Analyser avant d’admirer. Quand un espace te plaît, ne t’arrête pas à l’émotion. Demande-toi pourquoi. La lumière ? Les proportions ? La cohérence des matières ? L’absence de détails inutiles ? Nommer ce qui fonctionne, c’est commencer à le maîtriser.

Développer une culture de référence exigeante. Les grandes signatures de l’architecture intérieure — Axel Vervoordt, Vincent Van Duysen, Ilse Crawford — ne sont pas là pour être copiées. Elles sont là pour calibrer ton niveau d’exigence. Pour t’apprendre ce que « juste » veut dire à haut niveau.

Te confronter à des retours extérieurs. Le goût se développe dans la friction. Un regard extérieur — bienveillant mais direct — accélère ce que des années de pratique solitaire n’arrivent pas à produire. C’est l’une des raisons pour lesquelles le mentorat change réellement la trajectoire d’un jeune professionnel.

Le goût comme signature professionnelle

À terme, ton goût devient ta signature. Ce qui fait qu’un client te reconnaît avant même de voir ton nom. Ce qui crée une cohérence entre tous tes projets, même très différents les uns des autres.

C’est ce qui transforme un bon technicien en véritable concepteur. Ce qui fait qu’on te recommande, qu’on te contacte pour ce que tu es — pas seulement pour ce que tu sais faire.

Dans un monde où les outils s’homogénéisent, le regard reste irréductiblement personnel.

Et le regard, ça se construit. Ça s’affûte. Ça s’assume.


Tu veux aller plus loin ? Découvre le mentorat sur mesure — un accompagnement individuel pour structurer ta pratique, affûter ton regard et maîtriser les outils qui changent le métier.

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